ACBON

Argus de cotations des monnaies
Histoire du Franc

Histoire du Franc de ses origines à sa disparition

1 - Différentes monnaies d'or, d'argent et de cuivre circulaient en Gaule à la fin de l'Empire romain. Au temps des rois mérovingiens, descendants de Clovis, ne subsiste guère que la monnaie d'or, sou et surtout tiers de sou, appelé aussi triens ou tremissis (à peine 1 g), imitations plus ou moins réussies des pièces impériales romaines. Le triens d'or devient quasiment espèce unique au début du VII siècle

  - Du tiers de sou d'or au denier d'argent

- L'or provient principalement de la Méditerranée, en particulier des monnaies de l'Empire byzantin. Mais vers 650, la géographie économique et monétaire se modifie au profit du Nord d'où viennent des monnaies d'argent anglo-saxonnes et frisonnes (des Pays-Bas), les sceattas. En outre, l'or se fait plus rare et plus cher après la chute de l'Afrique byzantine et la prise de Carthage. Vers 675, le sou d'or est complété puis remplacé par une pièce d'argent : le denier, du nom de l'ancienne monnaie romaine d'argent. Douze deniers font un sou. Les pièces sont produites un peu partout et revêtent de multiples aspects. Le contrôle des monnaies semble échapper en grande partie au pouvoir royal mérovingien. Les réformes monétaires byzantines et arabes, le succès des monnaies anglo-frisonnes, l'exploitation de nouveaux gisements argentifères et des circonstances politiques internes pérennisent l'adoption de l'étalon argent sous l'égide d'une nouvelle dynastie royale : les Carolingiens.

 

  - Le denier d'argent, monnaie unique de l'Empire carolingien

- Tandis qu'ils réunifient et étendent à leur profit le royaume des Francs, Pépin le Bref (741-768) et son fils Charlemagne (768-814) reprennent le contrôle de l'activité monétaire. Le pouvoir royal sur la monnaie est réaffirmé par un ensemble de règlements et de contrôles organisant sa fabrication et sa mise en circulation. En 754-755, l'édit de Ver est une première tentative d'uniformiser le poids et l'aspect du denier d'argent franc. En réalité, la marque de l'autorité royale ne figure systématiquement sur la monnaie qu'avec Charlemagne en 793-794. 
"Monnaie unique" de l'Empire carolingien, le nouveau denier au poids unitaire d'environ 1,70 g est le modèle, direct ou indirect, du monnayage occidental produit du IX au XIII
 siècle. La réglementation carolingienne insiste sur la qualité de la monnaie, et cherche à éviter la "fausse monnaie" (en fait, des pièces de moindre qualité produites frauduleusement dans les ateliers officiels), et la thésaurisation ou la transformation en argenterie. 
En prescrivant de tailler 240 deniers dans 1 livre d'argent, Charlemagne jette les bases d'un système monétaire et comptable qui persistera en France jusqu'à la Révolution : 1 livre = 20 sous ou 240 deniers ; 1 sou = 12 deniers. En outre est frappée une division du denier, l'obole d'argent, qui correspond à sa moitié.

 

  - Du denier carolingien aux deniers féodaux

- Principal agent administratif local, le comte surveille et contrôle au nom du souverain l'activité monétaire dans le royaume. Dans la seconde moitié  IX siècle, les usurpations des comtes se multiplient. Le phénomène s'amplifie à la faveur des problèmes de succession au trône, des conflits intérieurs, puis des raids sarrasins, vikings et hongrois : le pouvoir royal perd peu à peu le contrôle effectif et l'exclusivité de la frappe des deniers. Les comtes commencent d'exercer les pouvoirs régaliens à leur propre profit. Par ailleurs, le souverain concède une part des revenus d'un atelier, parfois sa gestion, à des évêques ou des abbayes. La féodalisation du denier se concrétise au X  siècle alors que les Robertiens, ancêtres des Capétiens, s'opposent aux Carolingiens. L'aristocratie profite de l'occasion pour se rendre plus indépendante. Le pouvoir affaibli multiplie les concessions officielles, notamment en faveur d'ecclésiastiques. La monnaie est désormais affaire de prélats, de ducs et de comtes, voire de vicomtes, qui peuvent changer titre et poids à leur guise.

 

  - Une multitude de monnaies

- Entre le XI et le XIII siècles, dans un contexte d'essor économique et commercial tant dans les campagnes que dans les villes, une multitude de derniers féodaux sont frappés régionalement, voire localement, par des seigneurs plus ou moins importants. La monnaie du roi est devenue une monnaie parmi d'autres. Du point de vue du seigneur émetteur, la monnaie constitue une importante source de revenu, un moyen de financer son train de vie et sa politique. Un profit est en effet réalisé sur la frappe de chaque pièce : c'est le droit de seigneurage. Pour augmenter ce revenu, le seigneur peut procéder à une mutation de sa monnaie, c'est-à-dire modifier certaines conditions d'émission : poids du denier, titre ou teneur en argent fin, cours officiel. La pratique alors la plus courante dans le royaume de France consiste à affaiblir la monnaie en titre de métal fin, une préfiguration des dévaluations contemporaines. Elle engendre de grandes disparités de valeur entre les différentes pièces en circulation et concourt localement à une certaine instabilité monétaire. Les élites féodales et les bourgeoisies urbaines montantes protestent et négocient, obtenant de limiter ces mutations à une seule par règne, ou la stabilisation de la monnaie en contrepartie d'une taxe (monéage).

 

  - Restauration de la monnaie du roi

- À la faveur des guerres, des mariages et des héritages, Philippe Auguste (1180-1223) étend progressivement son autorité, y compris dans le domaine de la monnaie. Le denier "parisis", est d'abord diffusé dans le nord du royaume, puis à l'est et quelque peu au sud. Après la conquête de la Normandie, de l'Anjou, du Maine et de la Touraine (1204-1205), le roi impose une nouvelle pièce : le denier "tournois". Cette politique volontariste est poursuivie par Saint Louis (1226-1270) au seul profit du tournois et au détriment des monnayages féodaux. À l'exemple des cités italiennes qui frappent de "gros" deniers valant entre 20 et 30 deniers locaux, Louis IX crée un gros tournois, première monnaie de bon argent produite en France, valant 12 deniers. Le gros tournois rencontre un tel succès qu'il est frappé abondamment, rapidement imité, notamment en Provence, et diffusé largement en Italie. Dans le même temps est créé l'écu d'or, première monnaie d'or capétienne. Mais il s'avère un échec commercial et est vite abandonné. Saint Louis laisse à ses successeurs une monnaie apparemment stable.

 

  - Le roi de France prisonnier à Londres

- En 1355, le Prince Noir - prince de Galles, fils du roi d'Angleterre Édouard III - débarque en Aquitaine et mène une campagne dévastatrice en Languedoc. Jean le Bon convoque des états généraux et obtient le financement de son armée en contrepartie d'une meilleure monnaie. Mais il est fait prisonnier près de Poitiers le 18 septembre 1356 et se retrouve détenu à Londres. 
Réputé mauvais gestionnaire, le roi a failli dans sa mission suprême de chevalier défenseur du royaume. C'est son fils Charles (futur Charles V, "le Sage") qui assure la régence comme "lieutenant général du roi" et poursuit la guerre. Mais le dauphin doit faire face aux soldats démobilisés qui ravagent le pays, à la Jacquerie qui secoue les campagnes, au soulèvement d'Étienne Marcel à Paris… À peine a-t-il restauré son autorité dans la capitale qu'une armée anglaise débarque à Calais. L'arrêt de la guerre devient indispensable, sans parler de la libération du roi. 
C'est à Brétigny, le 8 mai 1360, que Charles conclut la paix avec Édouard III d'Angleterre. Outre d'importantes concessions territoriales, le roi de France doit s'acquitter d'une rançon de 3 millions d'écus, soit 12,5 tonnes d'or. Libéré après un versement de 400 000 livres en écus, Jean le Bon débarque à Calais le 25 octobre en laissant à Londres des otages parmi lesquels son frère et ses trois fils. Ce versement est couvert par le mariage de sa fille Isabelle avec Jean Visconti, fils de Galéas, potentat de Milan, moyennant 600 000 livres. Restaient encore 2 600 000 livres à verser…

 

  - La création du franc à cheval

- Sur le chemin de Paris, Jean le Bon signe trois ordonnances fiscales et monétaires à Compiègne le 5 décembre 1360. Il lève un impôt direct, le "fouage", sur chaque foyer fiscal. En même temps, les derniers d'argent sont renforcés et une nouvelle pièce d'or est créée : le franc à cheval, prescrit à 24 carats (or fin), au poids équivalant à 3,885 g, pour un cours de 20 sous tournois, c'est-à-dire 1 livre tournois, l'unité de compte. La frappe des espèces blanches (argent) et noires (billon*) débute quinze jours après l'ordonnance, celle des francs dès février 1361. 
Le pouvoir donne des gages de stabilité, notamment en abandonnant son seigneuriage, et se soucie d'un rapport fixe entre les métaux. La nouvelle monnaie doit seule circuler dans tout le royaume, y compris dans le Languedoc où avait été frappé au temps des troubles un monnayage particulier. Royaume et monnaie sont de nouveau réunifiés. Toutes les anciennes monnaies, françaises et étrangères, les mauvaises en priorité, doivent être fondues. Le roi exprime enfin la volonté d'établir un système de compte plus réaliste, fondé sur une monnaie bonne et réelle, le franc, et de nature à évincer les systèmes de compte fondés sur des monnaies concurrentes, le florin italien en particulier. Mais devant l'ampleur et la longueur de cette tâche, la circulation de certaines espèces reste tolérée.

 

  - Un franc symbolique

- Cette nouvelle monnaie d'or est chargée de symboles. C'est la première à porter le nom de "franc", qui évoque peut-être une comparaison avec le noble, pièce d'or royale anglaise ("franc" = noble), et fait aussi référence à la libération de Jean le Bon, qui se proclama "franc" (= libre) à plusieurs reprises. Le franc matérialise dans la population la libération, au moins pour un temps, du fléau des mutations par la garantie de son pouvoir d'achat. C'est enfin le symbole de la souveraineté restaurée après une guerre dévastatrice contre l'Angleterre et de graves soulèvements sociaux, notamment à Paris.
Le franc est donc la monnaie du roi libéré, de la paix rétablie, la pièce qui symbolise le retour à la "bonne monnaie" : une monnaie "forte" de la stabilité retrouvée. C'est la monnaie du redressement amorcé et réalisé sous le gouvernement d'un roi "sage" et "bien entouré" : Charles V.

 

  - Le franc de Charles V : succès monétaire et stabilité
- Devenu roi en 1364, Charles V fait frapper un franc à son nom, appelé officiellement denier d'or aux fleurs de lis. Le souverain ne figure plus à cheval mais debout, en armure sous un dais gothique, tenant les attributs royaux et orné de fleurs de lis. Comme le titre, le poids et le cours sont les mêmes que ceux du franc à cheval, les usagers le renomment sans tarder franc "à pied". Le blanc "au K" (initiale de Karolus) valant 5 deniers, un denier parisis, un double, un denier et une obole tournois plus tardive (1373) complètent un système monétaire fort simple. Par comparaison avec la période des grandes mutations, le règne de Charles le Sage offre moins de dix pièces différentes, indice de stabilité. Si sa politique volontariste rencontre de fortes résistances, notamment quant aux décris des anciennes pièces, la situation est totalement assainie à la fin de son règne, vers 1380.

Bien que sa création en 1360 ait marqué une période de redressement économique et politique de la France, le franc est par la suite très peu émis sous l'Ancien Régime. Mais il demeure, dans les esprits, le langage et le vocabulaire monétaire, ce qui permet à la Convention d'en faire aisément l'unité monétaire de la République.

  - Disparition du franc d'or

- Le franc disparaît sous Charles VI (1380-1422), remplacé par l'écu d'or à la couronne. La reprise de la guerre de Cent Ans s'accompagne de désordres monétaires qui s'aggravent après la défaire d'Azincourt en 1415. Quatre autorités frappent alors concurremment la monnaie : le roi de France, le roi d'Angleterre, notamment à Caen, le duc de Bourgogne, et le Dauphin réfugié à Bourges. 
La reconquête du royaume menée par Jeanne d'Arc permet à Charles VII (1422-1461) de restaurer son autorité politique et monétaire. À l'occasion d'une réévaluation, le roi frappe en 1423 un nouveau "franc à cheval" avec la volonté d'un retour à la bonne monnaie. Mais celui-ci cède une fois encore la place à l'écu d'or et disparaît pour 150 ans.

 

  - Le franc d'argent et ses divisions

- Il faut attendre 1575 pour qu'Henri III (1574-1589) crée un franc d'argent, appelé "franc blanc", avec, comme Charles V (1364-1380), l'ambition de faire correspondre monnaie de compte et monnaie réelle. Mais une déclaration royale en interdit la frappe dès 1586 : cette belle pièce, lourde de 14 grammes, est trop souvent rognée ! L'écu d'or au soleil, valant trois livres, devient alors la principale unité monétaire du royaume. Ne subsistent du franc que ses divisions : les demis et quarts de franc, frappés très irrégulièrement mais peu utilisés sous Henri IV (1589-1610). Après la profonde réforme monétaire engagée à la fin du règne de Louis XIII (1610-1643) qui crée le louis d'or, les derniers demis et quarts de franc sont frappés en 1641. Ils disparaissent au profit des séries fondées sur l'écu d'argent et il n'est plus émis de pièces libellées en "franc" jusqu'en 1793.

 

  - Le système louis-écu-liard

- La monnaie du Grand Siècle et des Lumières repose sur le système louis-écu-liard. Diverses monnaies françaises et étrangères circulent en France lorsque Louis XIII décide de réformer le système monétaire en 1640. Grâce à l'afflux de l'or espagnol (le pistol) et au décri des espèces anciennes, le roi peut frapper une belle pièce d'or à laquelle il donne son prénom : le louis d'or. Le louis d'argent qui en découle est appelé "écu". À partir de 1656, ce système homogène est complété par la monnaie de cuivre appelée "liard" (3 deniers tournois), les doubles deniers et deniers de cuivre n'étant plus frappés. Ce système perdure globalement jusqu'à la Révolution. 


 

- Après avoir totalement disparu du système monétaire français pendant plus de 150 ans, le franc revient à l'avant de la scène en 1793, dans le contexte de crise économique et politique de la Révolution.

 

Le système monétaire français repose sur deux principales espèces stables depuis 1726 : le louis d'or et l'écu d'argent. Mais dès 1783, la situation générale du royaume et l'endettement de la monarchie sont tels que les pièces ne parviennent plus guère au trésor royal. En 1789, la Révolution, par l'intermédiaire de l'Assemblée nationale, hérite des dettes de la monarchie : environ cinq milliards de livres, auxquelles s'ajoutent des intérêts, fixés à des taux particulièrement élevés !

  - Recours au papier-monnaie

- Pour pallier la pénurie d'espèces, la Convention recourt au papier, d'abord sous forme de billets d'escompte, puis d'assignats gagés sur les biens nationaux, confisqués à l'Église. Mais les coupures sont trop grosses. Le problème de la petite monnaie courante reste entier. Comme les réserves métalliques sont inexistantes, vaisselle et objets précieux sont requis. On fait d'abord appel au don, puis à une contribution patriotique. L'armée et la marine fournissent du cuivre. Les cloches des églises sont fondues. Mais la thésaurisation du métal se poursuit, la monnaie métallique ne circule toujours pas. L'Assemblée se résout à multiplier les émissions d'assignats. L'inflation est telle que les prix sont exprimés aussi bien en métal qu'en papier. En 1793, le gouvernement tente d'assainir la situation par un emprunt forcé, puis volontaire. Le métal précieux est recherché et confisqué par les autorités pour soutenir l'assignat ; la guillotine menace les récalcitrants. La Terreur s'exerce aussi dans le domaine monétaire jusqu'à la chute de Robespierre.

 

  - Un franc décimal

- C'est à cette même époque que, dans un souci global de rationalisation, le système duodécimal (basé sur la douzaine) est abandonné au profit du système décimal (basé sur la dizaine). La livre est donc divisée en 10 décimes, le décime en 10 centimes. Bien que la production de pièces en métal précieux cesse à cause du cours forcé de l'assignat, la Convention redéfinit théoriquement la monnaie de la République en terme d'or et d'argent à 9/10 de métal fin. La pièce d'argent est dénommée la "Républicaine", celle d'or le "franc d'or". Paradoxalement, alors que l'inflation s'amplifie et que le flot d'assignats atteint 2 milliards début 1795, la Convention poursuit patiemment son travail normatif. La loi du 15 août 1795 définit le franc, divisé en 10 décimes de 10 centimes chacun, comme étant l'unité monétaire officielle de la République, plutôt que le louis d'or qui porte le prénom du roi déchu.
Entré en fonction le 26 octobre 1795, le Directoire, devant le nouvel échec du papier-monnaie dans l'expérience du mandat territorial, établit un change de 5 livres, 1 sou et 3 deniers pour 5 francs afin de rétablir une circulation plus intense des espèces métalliques. Cela, accompagné d'une avantageuse refonte des monnaies divisionnaires et un afflux de métal venant d'Italie après la campagne de Bonaparte, permit à la circulation de monnaie métallique de subsister jusqu'à l'abolition du cours forcé du papier-monnaie, le 4 février 1797.

 

  -Le franc germinal

- En 1803, le consul Bonaparte engage une réforme qui vise à mettre fin à l'anarchie de la circulation monétaire où se côtoient écus, louis d'or et pièces révolutionnaires de divers métaux. Les lois de germinal an XI fixent le système monétaire sur la base d'un franc d'argent dit "franc germinal". 
Afin de supplanter l'ancien louis d'or royal encore en circulation, une pièce en or de 20 francs - le fameux "napoléon" - et une de 40 francs viennent compléter les monnaies d'argent de 5, 2 et 1 franc : sont frappés pour 500 millions en or et près de 900 millions en argent. C'est pourtant insuffisant. Le recours au papier-monnaie s'impose à nouveau, mais son émission est confiée à la Banque de France, récemment créée avec une réserve métallique permettant d'en maintenir le cours. 
Dans ce contexte monétaire assaini, la nouvelle monnaie fiduciaire est mieux acceptée et prend progressivement son essor. Le franc germinal se révèle être une réussite. Il reste relativement stable malgré la valse des régimes politiques et perdure jusqu'en 1914.

 

  - La monnaie commune d'une partie de l'Europe

- Vers 1850, d'importantes mines d'or sont découvertes en Californie et en Australie. Le stock d'argent restant stable, le système bimétallique de germinal se trouve perturbé. Plusieurs pays abaissent le titre de leurs pièces d'argent de 900/1000 à 835/1000, ce qui entraîne l'exportation des pièces françaises au titre inchangé. À la faveur de l'Exposition universelle de 1865, la France organise une conférence monétaire réunissant la Belgique, l'Italie, la Suisse, et bientôt la Grèce. De la Convention de Paris conclue le 23 décembre naît l'Union latine, première organisation monétaire internationale. Son principe repose sur l'uniformité monétaire des États membres. Les monnaies d'or de 100, 50, 20, 10 et 5 francs titrent à 900/1000. La pièce d'argent de 5 francs titre à 900/1000, celles de 2 et 1 francs, de 50 et 20 centimes titrent à 835/1000. Le montant des émissions est plafonné proportionnellement à la population des pays membres. 
En 1867, Napoléon III convoque une nouvelle conférence monétaire réunissant cette fois une vingtaine d'États. Le principe de l'étalon or est choisi avec comme référence la pièce de 5 francs or. La convention de Vienne adopte le franc comme unité pour l'établissement des comptes internationaux en 1868 : le franc germinal est devenu la monnaie commune d'une partie de l'Europe
.Depuis 1865, le franc est une monnaie de référence commune à une partie de l'Europe. Il a traversé sans encombre six régimes politiques, la guerre de 1870 et la Commune. Mais la Grande Guerre eut raison du modèle monétaire français, fondé sur le franc germinal et le franc-or.

 

  - Le franc germinal emporté par la Grande Guerre

- Dès 1911, après la crise franco-allemande d'Agadir, le conflit avec l'Allemagne semble inévitable. Les deux protagonistes s'y préparent activement, autant militairement que financièrement. Disposant d'instructions très précises, la Banque de France parvient à soutenir le franc dans un premier temps. Mais les avances accordées au Trésor l'obligent à faire fonctionner la planche à billets, entraînant dépréciation et inflation. Plutôt que de lever un impôt - la population est déjà grandement mobilisée -, le gouvernement recourt à l'emprunt d'État et au crédit anglais et américain. D'après les estimations, la Grande Guerre aurait coûté quelque 200 milliards à la France, dont 80 % financés à crédit avec la certitude que "le boche paiera". Mais l'effondrement économique de la république de Weimar et l'anéantissement total du mark (1922-1923) mettent fin aux dernières illusions françaises. Par peur des conséquences politiques et sociales, les pays anglo-saxons soutiennent le redressement monétaire allemand. Ils désavouent l'occupation française de la Ruhr et imposent à la France de revoir ses prétentions à la baisse, sans lui faire grâce de ses propres dettes.

 

  - Poincaré dévalue et stabilise le franc

- Dès 1919, l'Angleterre et les États-Unis suspendent leur crédit et présentent leurs créances. Les marchés des changes réagissent sans tarder : le franc s'effondre à Londres et fait l'objet de toutes les spéculations. La victoire du Cartel des gauches aux élections législatives de mai 1924 accélère encore sa chute : la spéculation ("le mur d'argent") redouble contre les projets d'impôt sur le capital, les épargnants perdent confiance, l'opinion s'affole face à ce qu'elle considère être un complot international. La banqueroute menace l'État. En 1928, le Parlement rappelle Raymond Poincaré au pouvoir. L'annonce même de son retour stabilise le franc. S'il n'a pas de remède miracle, "Poincaré-la-confiance" est bien l'homme de la situation. Il utilise les faveurs de l'opinion pour imposer, bien qu'il lui en coûte, la dévaluation contre la déflation. Le 25 juin, Poincaré entérine la mort du franc germinal en redéfinissant l'unité monétaire au cinquième de sa valeur d'origine, c'est-à-dire en le dévaluant de 80 %. Ce "franc à quatre sous" - dans la conscience populaire le franc vaut encore 20 sous - repose sur l'or, librement convertible… contre un montant minimal de 215 000 F, soit l'équivalent d'un lingot d'or de 12 kilos !

 

  - Deux coups fatals : la crise des années 1930 et l'occupation allemande
 

- La stabilisation ne dura pas 10 ans. La grande crise des années 1930 engendre les dévaluations en chaîne de la livre sterling, du dollar et du yen. Mais au lieu de dévaluer, la France s'engage dans une fuite en avant déflationniste. Le franc se trouve surévalué face aux autres monnaies dépréciées. Les exportations françaises s'effondrent. Il faut attendre le Front populaire pour que le franc soit à son tour dévalué : entre 1936 et 1940, il perdra près des 2/3 de sa valeur.
À la France vaincue en 1940, l'Allemagne impose un taux de change exorbitant (1 reichsmark = 20 francs) qui permet à l'occupant de piller le pays. En outre, le gouvernement doit verser 400 millions de francs quotidiens au titre des frais d'occupation. Dans les territoires d'outremer, un "franc libre" existe face au "franc de Vichy", qui n'a "pas plus de valeur qu'un certain papier réservé à un certain usage", affirme le maréchal Goering.

 

  - Le franc mis sous tutelle

- À la Libération, le gouvernement provisoire lance un emprunt pour juguler l'inflation provoquée par les années de guerre et l'occupation allemande. Le général de Gaulle refuse d'appliquer une politique de rigueur comme le lui conseille Pierre Mendès-France. L'inflation alors se développe et le franc poursuit sa dépréciation au cours de la IVRépublique, ruinée par les guerres d'indépendance. 
Depuis décembre 1945, la France adhère au nouveau système monétaire international. Défini par les accords de Bretton-Woods (22 juillet 1944), le SMI est fondé sur le double étalon or et dollar. Celui-ci vaut 50 francs en 1944 et… 420 en 1958 ! Le franc est alors placé sous la tutelle du Fonds monétaire international. Une réforme monétaire de grande envergure s'impose : ce sera le "nouveau franc".
Malmené par de nombreuses dévaluations, mis sous la tutelle du Fonds monétaire international en 1958, le franc donne naissance le 1
janvier 1960 au franc de Gaulle ou "nouveau franc". Dernier avatar d'une histoire longue de 700 ans, la mort du nouveau franc est annoncée pour le 17 février 2002.

 

  - De Gaulle engage une grande réforme monétaire

- Revenu au pouvoir en 1958, le général de Gaulle décide de procéder à une nouvelle dévaluation (17,55 %) et annonce la création d'un "franc lourd" qu'il confie à son ministre des Finances, Antoine Pinay, et à l'économiste Jacques Rueff. Le "nouveau franc" est mis en circulation dix-huit mois plus tard : il vaut 100 anciens francs. Représentant la semeuse coiffée du bonnet phrygien, les nouvelles pièces rappellent le franc d'avant 1914. De Gaulle veut en effet que ce nouveau franc - redevenu officiellement le franc en 1963 - soit synonyme de stabilité et de puissance. 
Mais depuis 1979, la politique monétaire de la France est inscrite dans le cadre de la construction européenne, au sein d'un système monétaire européen (SME) marquée par une série de dévaluations du franc, notamment au début des années 1980. Dans la perspective de la construction européenne, les socialistes se convertissent à l'idéologie d'un franc fort accroché au mark.

 

  - La mort annoncée du franc

- Adopté le 10 décembre 1991 et ratifié en France par référendum le 20 septembre 1992, le traité de Maastricht prévoit l'unité monétaire de l'Europe, accompagnée de la mise en circulation d'une nouvelle monnaie commune. L'ECU (European currency unit), nom de l'unité de compte européenne existante, est abandonné sous la pression allemande, favorable à la dénomination d'"euro". C'est donc l'"euro" qui se substitue définitivement au franc le 17 février 2002. Le nouveau franc n'aura vécu que 44 ans !

 

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